
Pourquoi sommes-nous parfois plus durs avec nous-mêmes qu’avec les autres ?
Un ami fait une erreur au travail. Vous le rassurez : tout le monde peut se tromper, ce n’est pas si grave.
Le lendemain, vous faites une erreur semblable. Et là, le discours change : « Comment j’ai pu être aussi bête ? », « Je suis vraiment incapable ».
Pourquoi sommes-nous parfois si compréhensifs envers les autres et si sévères envers nous-mêmes ?
D’où vient cette voix qui nous critique ?
Nous avons tous un dialogue intérieur. Il nous aide à réfléchir, à anticiper et à tirer des enseignements de nos expériences. Mais parfois, cette voix devient particulièrement exigeante.
Une réussite aurait pu être meilleure. Une erreur devient une preuve d’incompétence. Même prendre du repos peut provoquer de la culpabilité.
Notre manière de nous parler dépend notamment de notre histoire, de nos expériences et des attentes que nous avons intériorisées.
Dans la thérapie des schémas de Jeffrey Young, les exigences élevées peuvent nous pousser à rechercher constamment la perfection. Le schéma d’imperfection et de honte peut, lui, alimenter le sentiment de ne jamais être suffisamment bien.
La difficulté apparaît lorsque nous ne faisons plus la différence entre « J’ai fait une erreur » et « Je suis une erreur ».
Et si notre critique intérieure voulait nous protéger ?
Cela peut sembler paradoxal, mais notre autocritique peut parfois remplir une fonction protectrice.
Dans une lecture inspirée de l’IFS (Internal Family Systems), on pourrait imaginer une partie de nous qui cherche à éviter les reproches, le rejet ou l’échec.
Elle nous surveille, nous pousse à faire mieux et anticipe tout ce qui pourrait mal tourner. Comme si elle pensait : « Si je te critique avant les autres, tu éviteras peut-être d’être blessé. »
Le problème, c’est qu’à force de vouloir nous protéger du jugement extérieur, elle peut devenir notre juge le plus sévère.
Plutôt que de chercher immédiatement à la faire taire, nous pouvons nous demander ce qu’elle redoute si elle devient moins exigeante.
Être bienveillant envers soi, est-ce se trouver des excuses ?
C’est une crainte assez fréquente : si nous arrêtons de nous critiquer, allons-nous perdre notre motivation ?
Les recherches sur l’autocompassion, notamment celles de Kristin Neff, invitent à distinguer bienveillance et complaisance.
Se traiter avec compréhension ne signifie pas nier ses erreurs. C’est pouvoir les reconnaître sans remettre en cause toute sa valeur personnelle.
Des études montrent d’ailleurs que les interventions centrées sur l’autocompassion peuvent contribuer à réduire l’autocritique.
Alors, la prochaine fois que vous vous surprendrez à vous juger sévèrement, essayez simplement de vous demander :
« Si quelqu’un que j’aime vivait exactement la même situation, est-ce que je lui parlerais de cette manière ? »
Peut-être que progresser ne nécessite pas d’être constamment dur avec soi-même.
Et que nous pouvons apprendre à nous accorder un peu de la compréhension que nous offrons si facilement aux autres.
Sources et références
Neff, K. D. (2003). The Development and Validation of a Scale to Measure Self-Compassion. DOI.
Wakelin, K. E., et al. (2022). Effectiveness of self-compassion-related interventions for reducing self-criticism: A systematic review and meta-analysis. DOI.
Illustration
Mary Cassatt, Woman with a Fan, 1878–1879. National Gallery of Art, Washington. Domaine public.
